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PRODUCTION * PERSPECTIVES

L’évolution technologique de l’objet-livre se passera-t-elle des éditeurs ?

luc_spooren_unibook_tnLuc Spooren, directeur des ventes d’UniBook pour l’Europe, aborde dans la tribune libre suivante l’avenir de l’édition et de l’impression à la demande des livres
Tout le monde le reconnaît désormais, l’histoire du livre est en train de vivre un tournant fondamental avec le développement des technologies numériques. Plusieurs articles récents (parmi lesquels le blog La Feuille1, Livres Hebdo2 ou Actualitté3…) confirment que le livre numérique tout autant que l’impression à la demande voient leur marché croître de manière très forte aux Etats-Unis.  Ces signes annonciateurs ne sont pas à prendre à la légère bien entendu. Plus que jamais la bonne gestion des catalogues des éditeurs passe par la dématérialisation en livres numériques et la mise à disposition des ouvrages insuffisamment demandés en impression à la demande. Cela est inévitable et suit la mutation amorcée outre-Atlantique. Les livres numériques et surtout les livres imprimés à la demande sont bien souvent considérés comme des « sous-livres ». En fait, ils apportent une nouvelle approche non seulement de l’objet-livre, mais aussi de nouveaux canaux de diffusion, entraînent de nouveaux usages et poussent les acteurs de la chaîne du livre à repenser le cycle de la vie d’un livre, qui désormais a la possibilité d’être disponible bien plus longtemps –toujours ?, et à moindre frais.

Le nouveau cycle de vie du livre

Quelles sont les étapes habituelles de la vie d’un livre une fois que celui-ci est mis dans le circuit des libraires par un éditeur ? Quel est son cycle de vie ? Sans vouloir être réducteur, nous pouvons dire que globalement, tout nouvel ouvrage est lancé dans un grand format puis, en fonction de son intérêt et de son succès, est décliné en livre de poche. Ces deux étapes sont aujourd’hui standardisées et réglementées. Un même ouvrage ici vit deux éditions successives (nous écartons sciemment les éditions spéciales). Intéressons-nous plus particulièrement à la place du livre imprimé à la demande. Où se situe l’édition d’un livre imprimé à la demande dans son cycle de vie global ? En réalité, UniBook pense qu’il se situe… partout ! Tout dépend en réalité du format du livre et de la vitesse auxquels les éditeurs et distributeurs souhaitent rendre disponible un ouvrage donné. Le format (et conséquemment le prix de fabrication) d’un livre imprimé à la demande est contingenté par le choix de l’éditeur soit de proposer une édition la plus proche possible de la grande version ou de la version poche d’un livre, soit de choisir un format intermédiaire. Si l’éditeur choisit le clonage, alors une nouveauté peut être proposée en impression à la demande dès son lancement. Si l’éditeur choisit une édition distincte, elle va alors s’inscrire en troisième temps dans la vie du livre. Il est essentiel pour l’éditeur que son livre demeure disponible, même (voire surtout) s’il est insuffisamment demandé pour entraîner une réédition à proprement parler. Les vitesses d’impression et de livraison se réduisent de plus en plus. Il est accepté aujourd’hui qu’un livre ne soit pas disponible immédiatement, il suffit de voir les références pour lesquelles l’attente peut facilement dépasser 15 jours sur les principaux sites de vente de livres. Rationaliser encore les coûts, tel est le défi.

Le livre toujours disponible

Exploiter un livre dans une édition imprimée à la demande a plusieurs vertus majeures : la disponibilité du titre en premier lieu – un libraire ne manquera plus une vente s’il sait qu’il peut commander un ouvrage épuisé en quelques clics pour un client ; la qualité de l’édition du livre ensuite : le livre commandé sera toujours neuf, non marqué par une durée prolongée dans un stock, comme c’est la plupart du temps le cas ; les libraires peuvent recommander un livre ancien, conservant leur valeur de conseil, en étant certain de pouvoir assurer la vente, même différé ; les éditeurs renforcent les liens avec leurs auteurs en leur assurant la disponibilité de leur livre le temps de la durée réelle du contrat d’édition (et conséquemment de sa possible prolongation) ; les éditeurs peuvent mieux contrôler les ventes et limiter sur la durée les frais de gestion des invendus et de pilon, s’inscrivant dans une approche citoyenne d’économie durable de papier ; enfin, le marché du livre ouvre de nouveaux points de croissance, crée de l’emploi et des ressources renforcées.

Une occasion à ne pas rater

Ce n’est pas une vue de l’esprit que de dire que l’impression à la demande a les capacités pour renforcer la chaîne du livre sans la concurrencer. Ces technologies ouvrent la voie à de nouvelles capacités, de nouvelles connaissances et de nouveaux métiers. Les économies qu’elles permettent sont autant d’argent qui peut être réinvesti dans la chaîne du livre pour soutenir les auteurs, promouvoir la transmission nouvelle des savoirs et exploiter un nombre par définition considérable d’ouvrages qui ont encore, à la manière de la musique, une vie à vivre même s’ils ne sont demandés qu’une ou deux fois par an. Le métier d’un éditeur est de bien vendre des livres qu’il dit défendre. L’impression à la demande permet de mieux les vendre et de le faire d’une manière jamais atteinte auparavant, plus durable et plus économique. Les éditeurs qui oublient de gérer leur fond de catalogue, qui ne se stimulent que par le roulement toujours plus rapide et frénétique des nouveautés (qui se vendent moins et sont visibles moins longtemps), qui ne voient pas que s’ils ne font rien, d’autres, pour l’essentiel issus du high-tech et de la distribution, le feront à leur place (leurs mouvements sur l’échiquier sont déjà bien avancés) – ces éditeurs-là ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas, ne pourront pas crier à l’injustice comme l’ont fait les acteurs de la musique.

Il n’y a aujourd’hui plus d’obstacle technologique pour rendre un ouvrage disponible en impression à la demande. Il y a davantage un obstacle culturel et un obstacle psychologique : il est temps de chercher la satisfaction du lecteur avant toute chose, de cela découlera celle de tous les acteurs de la chaîne du livre. Mieux vendre, plus vendre, en étant sûr que les conseils et la qualité seront récompensés et valorisés au final, voilà ce que l’impression à la demande peut apporter. La question n’est plus de savoir s’il faut adopter ces technologies. La question est de savoir comment en tirer le meilleur parti aujourd’hui. La révolution de l’objet-livre est en marche, il serait déplorable que ses acteurs historiques en soient exclus…
(Les sous-titres sont de reviewofprint)
1. lafeuille.blogspot.com. Billet du 27 mai, donnant le point sur les ventes d’ebooks pour le Kindle.
2. Disponible dans le magazine papier et sur le site internet http://www.livreshebdo.fr
3.www.actualitte.com publie quotidiennement des avis d’expert, annonce les dernières nouvelles et analyse en direct cette évolution
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